Chapitre 10: Le coup de massue

*Adam Djessou
Ça fait près de quatre mois que je n’ai pas vu Lucie, depuis notre étrange adieu. Je crois que je me porte mieux, je n’ai d’ailleurs pas eu le temps de trop penser à elle. Je me suis plongé dans les recherches d’universités au Canada puis quand j’en ai sélectionné une je me suis inscrit pour la rentrée de Janvier. Ça encore c’est la partie la plus facile. Ensuite il a fallu demander le visa et là tout est devenu bizarre. C’est vraiment très onéreux d’étudier dans ce pays et il fallait apporter les preuves bancaires que mon père pouvait assumer les frais indus. J’ai appris à l’admirer encore plus pendant cette période où il s’est vraiment beaucoup battu pour gonfler son compte en banque. Maintenant tout est fin prêt, il reste juste à déposer mon dossier pour demander le visa. C’est ce matin que j’y vais, le cœur en joie à la perspective de rejoindre bientôt mon grand frère. Oh Seigneur, pourvu que ça marche! Je suis tellement nerveux à l’idée qu’une pièce justificative puisse manquer que je vérifie encore et encore, avant de passer l’interview. Fort heureusement, tout se passe bien et je ressors de l’ambassade tout sourire une heure plus tard. Il n’y a plus qu’à revenir chercher mon passeport qui j’espère, sera tamponné du visa tant souhaité. Je suis tellement heureux que j’ai envie d’hurler mon bonheur à tout le monde. C’est dans ce genre de moments que Lucie me manque le plus, on partageait tellement de choses tous les deux. Je secoue la tête pour expulser la vague de mélancolie qui déjà, s’empare de moi. Je sors mon téléphone et commence à rédiger un texte : « Coucou Lucie, j’espère que tu te porte bien et que tes cours se déroulent sans encombres. Je voulais juste t’informer que j’ai déposé mon dossier pour le visa, c’est la dernière étape à franchir et bientôt je serai parti. Tu sais, j’aimerais beaucoup te revoir avant de m’en aller. J’espère que tu me répondras un jour. Au revoir ». Je n’ai pas arrêté de lui envoyer ce genre de messages depuis son déménagement, mais elle n’a jamais daigné me répondre. Je comprends, ce doit être difficile pour elle de se retrouver dans cette position. Quoi qu’il en soit, je refuse de me laisser assombrir par ce qui se passe avec elle. Je décide de me rendre chez mon ami Jonas pour passer le reste de la journée avec lui, ça fait un moment qu’on ne s’est plus vu. Un coup de fil rapide me permet de confirmer mon projet puis je me mets à la quête d’un taxi moto, ou zémidjan, comme on dit chez nous. Pour en héler un, rien de plus simple qu’un «pssssst» ou «oléyia», le formule magique! J’en arrête justement un avec qui je négocie le prix quand quelque chose sur la route attire mon attention. Assis à l’arrière d’une voiture et l’air d’être parfaitement à son aise, je vois passer Django qui ne me remarque pas. La voiture était la sienne à n’en pas douter, mais comment cela se fait il ? Je l’ai toujours vu traîner dans le quartier sans jamais vraiment savoir ce qu’il fait comme métier, mais c’est sûr qu’il ne vivrait pas là s’il avait les moyens de se payer une Range Rover! Intrigué au plus haut point, je saute sur la moto et ordonne au conducteur de suivre la voiture qui déjà sortait de notre champ de vision. Cet homme est très proche de ma sœur, et mon rôle est de la protéger. J’ai jamais apprécié ce type, j’ai là une occasion d’y voir un peu plus clair. Après avoir roulé discrètement derrière lui pendant une vingtaine de minutes, il se gare enfin dans une ruelle du quartier de Kegué et je le vois descendre de la voiture puis s’engouffrer dans un bar. Bof…Jouer à James Bond pour venir regarder un type prendre une bière ? Je regrette déjà de m’être embarqué dans cette aventure et sur le point de partir quand je vois ma mère arriver à son tour et entrer dans le même bar. Coïncidence? Je ne voulais pas y croire, ébranlé déjà par les milliers de théories qui se bousculaient dans ma tête. Pourtant je décide de rester et voir ce qui va arriver, réfléchissant à un moyen de voir ce qui se passe à l’intérieur. Je ne peux pas y aller, de peur d’être tout de suite repéré. Du coup je me tourne vers le zem qui semble tout aussi excité que moi. En effet, on n’a pas l’occasion d’espionner son prochain tous les jours de cette manière! Je lui remets mon téléphone et attend dehors, il ressort quelques minutes plus tard avec les photos demandées. Quand je commence à les visionner, mon cœur manque de tomber dans mon ventre, tellement je suis ébahi par ce que je vois. Sur les photos, je vois que ce n’est pas une coïncidence que maman se trouve ici avec Django, bien au contraire! Je ne sais pas pourquoi mais elle lui tend une grosse liasse de billets. Mes pensées s’envolent aussitôt vers Lucie qui à part moi est le seul point commun entre ces deux là. Y aurait-il complot contre elle ? Pourtant à voir de plus près, maman semble très contrariée tandis que Django affiche un sourire carnassier. Mon Dieu, que se passe-t-il ici ? Complètement affolé, je ne sais pas quoi penser de la situation ni même quoi faire dans l’immédiat. Je vois maman ressortir du bar et se diriger hâtivement vers l’autre côté de la route. Elle lance des regards furtifs partout et finit par me voir, avant même que j’ai pensé à me cacher ou me composer une mine. Interloquée, elle s’arrête comme pétrifiée au beau milieu de la route et manque de se faire écraser par un véhicule
-Connasse ! lui jette le conducteur avant de s’éloigner
Elle ne bronche pas, moi non plus ; la tension est à son comble. Ce sont les appels de mon zem qui finissent par me sortir de ma torpeur et je détache mon regard de son visage où la culpabilité se lit en lettres majuscules. Sans plus un regard dans sa direction, je monte à l’arrière de la moto et m’éloigne en la laissant immobile au milieu de la route, telle la femme de Loth changée en statue de sel.

*Léon DJESSOU
Ce soir, je rentre après une journée particulièrement fatigante et m’installe au salon pour me prélasser devant la télé. Carla est dans sa chambre et ne daigne pas même sortir me souhaiter la bienvenue, quelle plaie, cette femme! De toute façon, ça m’importe peu maintenant. Il n’y a qu’Adam qui compte et justement, c’est bizarre qu’il ne soit pas encore renté à cette heure. Je tente de l’appeler mais ça sonne dans le vide, j’espère qu’il ne lui est rien arrivé de grave. Mon fils et communiquons souvent par texto, alors je lui en envoie un. «ça va ?». La réponse ne tarde pas à venir et j’affiche un sourire soulagé quand je lis sur l’écran «Je rentre bientôt ». Satisfait, j’étire mes jambes s et me saisit de la télécommande, mon match va bientôt commencer. Ce soir c’est le classico, FC Barcelone contre le Real Madrid, et bien sûr je suis de côté de ceux qui vont indiscutablement gagner ce match, hala Madrid ! Eh oui, je suis un fan incontesté de la maison blanche ! Ma bière à mes côté, c’est d’un regard illuminé que je suis le match de bout en bout sans en rater une miette. Score final, 3-2. C’était chaud ! Mais bien sûr nous avons gagné avec un doublé de CR7, ce garçon a vraiment du talent. Ah, l’heure de diner à présent, je sens que je pourrais manger un bœuf entier. Un coup d’œil à ma montre m’indique qu’il est 21h30 déjà et c’est à ce moment que mon fils entre au salon.
-Tu rentre tard Adam !
-Je sais, désolé papa
-C’est pas grave, je comprends que tu profite des dernières semaines à Lomé. Mais n’abuse pas trop
Il émet un faible sourire, je lui trouve la mine atterrée, les yeux bouffis
-Tu es sûr que ça va ? Il y a eu un problème au dépôt de ton dossier ou quoi ?
-Non papa, tout s’est bien passé. C’est juste, je voudrais te parler de quelque chose
Il semblait hésiter, je ne l’avais jamais vu aussi troublé avant
-Ok mais viens, on va manger d’abord. Je suppose que tu as faim.
Il ne dit rien et me suit docilement dans la salle à manger. Je sens que je ne vais pas aimer ce qu’il va dire. Quel dommage, moi qui voulais savourer ma victoire au calme ! Pendant le dîner, j’observe Adam du coin de l’œil. Il mange à peine, ce qui m’étonne beaucoup car mon fils a un appétit aussi légendaire que le mien. On n’est que deux à table, Carla mange toujours dans sa chambre. N’en pouvant plus de cette ambiance digne d’un enterrement, je dépose ma fourchette et l’interroge
-Qu’est ce qui se passe ? C’est encore Lucie ?
Il s’étonne de ma question, semble réfléchir puis réponds
-Non papa, c’est maman. J’a i découvert aujourd’hui qu’elle te trompe
Il dit tout cela en me regardant droit dans les yeux et je ne peux lui dissimuler la stupeur qui me saisit sur le moment. Comment Carla a pu se faire prendre par son propre fils ? Qu’est ce qu’il avait vu pour en être si sûr ? Toues ces questions se bousculaient dans ma tête pendant que sur mon visage, la colère balayait déjà l’étonnement. Je m’exhorte à garder mon calme pourtant, la situation est peut-être encore récupérable.
-Qu’est ce qui te fait croire ça ?
-Je l’ai vu dans un bar avec son jeune amant, et elle l’a payé
Eh merde ! Cette femme n’a donc aucune dignité ? Il ne manquait plus que quelques semaines et mon fils s’en serait allé avec l’idée que sa petite famille était parfaite. Et maintenant je dois aussi gérer les frasques de madame ! Ah non alors, elle m’entendra ce soir. Je me lève résolument et repousse ma chaise
-Je suis désolé papa
-Tu n’as rien à te reprocher Adam. Merci de m’avoir informé, nous allons régler ça avec ta mère
Je fonce à la chambre de Carla que j’ouvre sans cogner, prêt à exploser de rage. Cependant, je tombe sur un spectacle qui m’arrête tout de suite dans mon élan.
A suivre…
Par Plume Dona, tous droits réservés.

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