Chapitre 11: Explosion

*Carla DJESSOU
En près de 20 ans de mariage, Léon ne m’a vue pleurer qu’une fois et c’était à l’accouchement d’Adam. Après ça, rien ne m’a jamais assez touché pour que j’en vienne à couler des larmes. Rien, jusqu’à aujourd’hui. Je suis dépassée, tellement humiliée et frustrée que je n’arrive plus à réfléchir correctement pour me sortir de là. Alors, ne pouvant plus les retenir, ce soir je laisse couler mes larmes. Soudain, j’entends la porte s’ouvrir avec fracas et l’image de mon époux fulminant se dresser devant moi. Sa colère m’indique qu’il a dû parler avec Adam mais qu’est ce qu’il a pu lui raconter ? Il s’arrête en m’apercevant, mais ne semble pas moins fâché pour autant. J’efface précipitamment mon visage
-Tu pleure parce que ton fils t’a prise en flagrant délit ?
-De quoi tu parle ?
-Ne me prends pour un idiot Carla! Tu m’as toujours trompé et j’ai laissé faire. Mais bien sûr tu ne pouvais pas être discrète, il fallait que tout le monde sache ! Bravo madame, c’est ton propre fils qui t’as prise sur le fait. J’espère que tu es fière de toi ?
Ah je commence à comprendre, Adam a dû penser que je payais mon jeune amant ce matin! Léon connaît déjà une parti de la vérité alors je vais arranger ça
-Léon s’il te plaît calme toi. Ce n’est pas ce que tu crois
-Tu te fous de moi ! N’essaye pas de me mentir Carla. Dès le départ d’Adam, tu n’habiteras plus ici. J’en ai assez de toi et tes manières impolies. Tu n’as aucune décence. SI ce n’était pas à cause de mon fils, je…
-Ce n’est pas ton fils !
Léon reste bouche bée de ma déclaration inattendue. Il cligne des yeux et me fixe d’un air ahuri, comme s’il voyait un fantôme. Mais franchement, je pense qu’il devait bien s’en douter depuis le temps. On n’a pas eu d’autre enfant ensemble et lui n’en avait pas de précédent, d’où il doit être stérile. Je vais vers la porte et la ferme à clé, on doit parler. Quand je me retourne vers lui, il s’asseyait sur le lit, l’air plutôt résolu et complètement vidé de la colère de tout à l’heure
-Tu le savais déjà, n’est-ce pas ?
-Oui, dit il. Mais jamais j’aurais cru que tu avouerais
-J’en suis moi-même la première étonnée mais je ne trouvais pas d’autre moyen pour te calmer. Il faut que je te parle d’autre chose
-Quoi ? Ne me dit pas que tu es encore enceinte ?
-Mais non !
-Alors quoi ? Tu as fait un autre enfant dans mon dos ?
-Léon laisse moi parler s’il te plait
-Vas-y
-Adam et Lucie sont frère
Je crois que je n’ai jamais vu une expression semblable sur un visage, un mélange de peur et de stupeur, de peine et de colère tout ça à la fois. Sans un mot, Léon lève un doigt accusateur dans ma direction puis le laisse tomber, renonçant sans doute à s’exprimer. Il se met rapidement debout et sort avant même que j’ai pu le retenir. Ah non, il ne doit pas partir, je n’ai pas fini
-Attends, s’il te plaît !
Il était déjà dans le couloir et s’apprêtait à rentrer dans sa chambre
-Attends ! Il y a encore quelque chose, écoute moi je t’en prie. C’est très grave
Il entre dans sa chambre sans me calculer mais je le rattrape et l’empêche de la verrouiller. Il me laisse entrer mais reste sourd à mes paroles.
-Je t’en prie Léon, tu sais bien qu’il ne s’est rien passé entre eux
-Mais ça aurait pu ! Et c’est toujours un risque d’ailleurs
Il se tourne rageusement vers moi. Et continue
-Tu n’as pas l’air de te rendre compte de la gravité de la situation. Rien ne pourra les en empêcher Carla
-Si tu me laissais parler, tu saurais que j’ai pris des mesures
-Ah oui, et quoi comme mesure ?
-J’ai payé quelqu’un pour se mettre entre eux, mentis-je
-Je suppose que je devrais te féliciter pour ça ? Non mais tu t’entends parler ?
-C’est avec lui que j’étais aujourd’hui, ajoutai-je
-Bravo !
Léon éclate d’un rire sarcastique en tapant des mains
-Donc tu a envoyé ton amant coucher avec la sœur de ton fils ! Tu te rends compte à quel point tu es tordue, Carla ? Va consulter, ça va pas chez toi !
-Je ne couche pas avec lui Léon. Si tu me laissais parler, tu saurais toute l’histoire !
-Parce qu’il y a plus ? Mais je rêve ! Je pensais avoir épousé une prostituée, franchement tu es pire que ça. Tu es une sorcière Carla ! Tu m’écœure
Je baisse la tête, touchée par ses insultes. Mais je dois tenir bon et lui raconter toute ma version de l’histoire. Comme ça, je mets fin au chantage. Je me concentre alors et affiche mon visage de victime, ma voix la plus triste.
-Il s’agit de l’ancien voisin de Lucie, Django. Je l’ai payé pour se mettre entre eux mais il revient tout le temps me demander de l’argent. Il demande de plus en plus d’argent et a menacé même la vie d’Adam alors je n’avais pas le choix. Je lui ai donné tout l’argent qu’il voulait et quand je n’en ai plus eu…J’ai dû puiser dans l’argent que tu réservais pour la caution et le billet d’avion d’Adam. Je suis désolée, je n’avais pas le choix, j’avais tellement peur. Je sais que j’aurais dû t’en parler mais tu…
Dans un éclair, je vois la main de Léon s’envoler et s’abattre sur ma joue, me jetant au sol, foudroyée de douleur. Instinctivement, je porte la main à ma mâchoire endolorie et lui lance un regard suppliant, il n’avait jamais levé la main sur moi auparavant. Peine perdue car son visage était carrément déformé par un énorme rictus méprisant, ce n’est plus l’homme que je connais. Il me pousse sans ménagement vers la sortie et je l’entends fermer la porte à clé derrière moi, il doit être ivre de colère pour réagir si violemment.

*Lucie KISSO
Ça fait plusieurs semaines maintenant que maman Béa a promis de parler de ma grossesse à papa et qu’on trouve une solution. Mais elle ne me dit toujours rien à ce propos et je commence à stresser sérieusement. Pourquoi elle ne dit rien ? Qu’est-ce qu’il lui a dit ? Je ne me sens pas la force d’aller lui avouer de moi-même, mais je sais que ce sera catastrophique s’il s’en rend compte de lui-même. Je me retrouve dans une impasse, ne sachant plus quoi faire. Qu’est-ce qui m’a pris de me laisser aller comme ça ? Maintenant je le regrette amèrement, je comprends pourquoi «si je savais!» sont les derniers mots de l’imbécile. Django s’est littéralement évaporé de la nature, son numéro de téléphone ne passe plus. Je suis même retourné au quartier où on m’a appris qu’il avait quitté la maison juste après moi, et personne ne sait où il vit maintenant. Je ne sais plus quoi faire pour le retrouver et pourtant ça commence à devenir urgent, étant donné que mon état est de plus en plus visible. A l’école, je vois le regard des gens et la désapprobation que j’y lis tue peu à peu mon enthousiasme scolaire. Et pourtant je suis en terminale! Cette histoire me prend tellement la tête que j’ai voulu anticiper. Un soir après les cours, je suis allée dans le bureau du proviseur pour savoir s’il était encore temps de m’inscrire en candidat libre. Hélas pour moi, il était trop tard et le proviseur n’a pas manqué de me gratifier de reproches cinglants « il suffisait de garder tes jambes fermées! »
Je ne sais plus vers qui me tourner alors je décide d’appeler Adam, son texto de ce matin m’a rappelé qu’il est la seule personne qui m’ait jamais comprise. Malheureusement, son téléphone sonne dans le vide et je me retrouve en train de larmoyer une fois encore toute seule dans ma chambre. Finalement, c’est le lendemain qu’il m’envoie un message « Désolé Lucie, je passais un mauvais moment quand tu m’as appelé hier. On peut se voir ce soir? » Ouf, quel soulagement ! Je m’empresse de lui répondre et nous prenons rendez-vous. Quelques minutes après la fin des cours, je me retrouvais dans une dèguèterie à l’attendre. C’est moi qui ai eu l’idée de cet endroit, c’est relativement proche de chez moi et il se trouve que je fais une addiction au dèguè depuis trois semaines. Envies de femme enceinte ! De toute façon, ce n’est jamais que des produits laitiers et du sucre. J’en commande déjà deux à mon arrivée et m’assoit pour attendre Adam. Il arrive quelques minutes plus tard, les traits tirés et l’air tellement triste que j’en oublie mes propres soucis. Les retrouvailles sont bizarres, du fait de nos préoccupations individuelles mais je suis quand même très heureuse de le revoir. Il ne manque pas de remarquer mon état et c’est tout naturellement que je m’épanche comme au bon vieux temps. Adam est tellement bouleversé que je le vois couler des larmes, je ne pensais pas que ça pouvait le toucher autant.

*Adam DJESSOU
Je crois que le monde s’effondre autour de moi. La fille que j’aimais s’avère être ma sœur et je n’ai pas su la protéger. Maintenant elle est enceinte du même gigolo qui couche avec ma mère! C’est tellement horrible, j’ai l’impression de baigner dans un cauchemar. Réveillez-moi ! Il faut que je le dise à Lucie, on pourra passer par ma mère pour retrouver Django
-Lucie je suis tellement navré pour tout ça. J’ai un moyen de retrouver Django, comme ça tu pourras prendre les devants et annoncer toi-même la nouvelle à ton père. Mais avant tu dois savoir quelque chose et ce n’est pas du tout beau
-Il y a quoi? Dis-moi Adam
-J’ai vu Django hier. Il était avec ma mère, c’est son amant.
J’ai débité tout ça d’un trait, pour éviter d’être interrompu. Lucie semble ne pas comprendre, et me fixe d’un air hagard.
-Django, quoi le Django que je connais ? Tu as du te tromper Adam, ce n’est pas possible. Je sais que tu ne l’apprécie pas. Rappelle-toi, moi non plus je ne l’appréciais pas mais j’ai appris à le connaître et il n’est pas comme ça !
-Bien sûr ! Raison pour laquelle il t’a enceinté puis abandonné, n’est-ce pas ?
Elle baisse la tête confuse
-Excuse-moi, je ne voulais pas te faire de la peine
-Non, ça va. Tu as raison je crois
-Je venais t’annoncer que tu devais t’éloigner de ce type, imagine comme je suis bouleversé de voir que c’est trop tard.
Elle fond en larmes et je la comprends. Comme ça doit être horrible de se retrouver à sa place ! Je la prends dans mes bras pour la consoler du mieux que je peux. Je constate alors que je n’ai plus de pulsions malsaines, Dieu soit loué !
-Tout va rentrer dans l’ordre, tu verras. Allez, calme-toi maintenant
-Papa va me tuer !
-Mais non, ne dis pas n’importe quoi
Je me retiens juste de lui dire qu’elle aurait dû y penser avant de commettre la bêtise. Ça ne servirait à rien d’autre qu’augmenter sa peine ; en plus je suis sûr qu’elle doit entendre cela chaque jour. La vie d’une jeune fille enceinte sur les bancs de l’école est assez éprouvante entre les regards désapprobateurs et la tentation de l’avortement, ma sœur n’a pas besoin que j’en rajoute. En plus, je me sens coupable de la situation, alors je me contente de la consoler.
A suivre…
Par Plume Dona, tous droits réservés.

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