Chapitre 2: Le faux pas

*Carla DJESSOU
Ah, je vais tuer l’enfant là aujourd’hui! Il suffit que je tourne le dos pendant une seconde et il disparait. Pourquoi il ne peut pas rester tranquille même? En plus je parie qu’il est parti retrouver l’autre petite impolie de Lucie là. Je vais tellement lui tirer les oreilles qu’elles vont dépasser sa tête, il va voir de quel bois je me chauffe. Je prends un long bâton et me dirige vers la concession des KISSO. Ils sont effectivement en train de jouer quand j’arrive. Je m’arrête un moment pour les observer. La nature est tout de même étrange! J’ai tout fait pour que ces deux là ne soient pas proches mais apparemment, l’appel du sang est trop fort. En effet, Adam est de quelques mois l’aîné de Lucie mais je suis la seule à le savoir. Je venais de me marier à Léon lorsque j’ai rencontré Jules un beau matin dans notre quartier. Il était plus jeune et j’étais fraîchement mariée mais mon époux était beaucoup trop ‘sage’ pour moi qui avais l’habitude de faire des folies. Léon avait bien voulu de moi alors que j’avais déjà un autre fils alors, il me fallait absolument sauvegarder mon foyer. J’ai néanmoins décidé de tout faire pour mettre Jules dans mon lit, au moins une fois. Hélas, toutes mes démarches sont restées vaines. Il était follement épris d’une certaine Rose et je commençais à être franchement exaspérée. L’idée d’aller voir un marabout m’est finalement apparue comme la solution dernière et ça a marché. Jules a été mon amant très brièvement, et ensuite il a oublié, fort heureusement. J’ai juste eu la surprise de constater que je portais sa grossesse quelques mois plus tard, alors que tout le quartier riait de son escapade avec l’autre idiote. Etant mariée, je n’ai parlé de tout ceci à personne; Adam est arrivé comme le fruit de notre heureux ménage et Jules n’avait jamais existé, tout allait bien dans mon monde. Alors que nous avions déménagé dans cette maison depuis presqu’un an, je vois débarquer un beau matin cet homme que j’espérais ne plus jamais recroiser. Il était courtois, voulait se renseigner pour louer la concession qui venait de se libérer. J’ai été ravie de constater qu’il ne me reconnaissait pas, et que je pouvais encore le séduire. Apprendre qu’il avait femme et enfant ne m’a pas ravie mais je savais bien avoir toutes mes chances, puisque mon marabout était toujours disponible. Mon mari étant absent toute la journée, je n’avais plus qu’à guetter Rose afin de saisir une bonne opportunité. Cela n’a pas tardé et bien sûr je n’ai pas manqué l’occasion d’apporter à Jules un met savoureux que j’ai d’abord pris soin d’asperger de la poudre blanche remise par le marabout. Après un copieux repas, il n’a pas tardé à me donner ce que j’espérais et c’est délicieusement comblée que j’ai rejoint ma concession, la tête haute et le sourire aux lèvres. J’aurais volontiers repris ce joyeux exercice si je n’avais pas remarqué dans son attitude un changement radical. Depuis ma concession, je passais mon temps à les espionner et Jules avait véritablement changé, comme s’il était devenu une autre personne. Il se montrait violent et trompait Rose de manière flagrante. Elle en a perdu du poids, fait le tour des églises mais en vain. J’ai réalisé que le comportement de Jules devait être en conséquence de mes agissements alors je me tenais à l’écart de leurs histoires. De toute façon j’avais obtenu ce que je voulais de lui, alors le reste je m’en fous. Ils n’ont qu’à se débrouiller avec leur amour sans tête ni queue là. Maintenant je dois juste m’assurer que l’amitié d’Adam envers celle qu’il ignore être sa soeur reste bien de l’amitié et il faut commencer tôt sinon on perd vite le contrôle. Je me bats pour faire de lui un homme fort, d’aucuns prétendent que c’est trop de rigueur mais ils n’ont qu’à se mêler de leurs affaires. C’est incroyable à quel point mes voisins aiment fourrer leur nez dans mes histoires, je n’attends qu’une bonne occasion pour les remettre tous à leur place. En attendant, je fonce droit sur les deux enfants pour soulever brutalement Adam.
-Qu’est-ce que tu fais ici, toi là? Qu’est-ce que je t’ai dit ?
-Maman! Tu as dit que si je finis mes devoirs, je pourrais aller m’amuser
-Et j’ai dit de sortir de la chambre? Regarde comme tu es sale! Tu sais comment je fais pour laver tes habits là?
Je le tire sans ménagement par l’oreille et il crie mais je fais la sourde. Ca lui apprendra
-Tais-toi là bas! Tu as vu le bâton, non? Continue de crier comme ça et tu vas voir!
Contre toute attente, il se retourne et dit à Lucie :
-S’il te plaît, dis à ta maman que je suis désolé
Intriguée, je m’arrête
-Désolé pour quoi ? Tu as encore fait quoi ?
Tous les deux restent interdits et se regardent sans pouvoir parler. Franchement agacée, je lève mon bâton, prête à l’abattre sur le dos d’Adam quand Lucie s’élance à son secours
-Il ne savait pas! Il est tombé sur le sceau de maman et c’est cassé
-Je suis désolé maman, renchérit Adam avec de grands yeux apeurés. Je n’ai pas fait exprès
Et merde! Il va falloir que je vienne présenter des excuses à l’autre idiote de Rose pour ça. C’est trop énervant, cet enfant mérite une bonne correction pour lui apprendre à se tenir tranquille.
-Mais Adam, tu veux me tuer ?
Je lève le bâton pour le frapper, quand je sens qu’une main retient la mienne. Je me retourne furieusement, prête à insulter quiquonque serait le propriétaire de cette main. C’est le vieux Mori que je retrouve derrière moi, la mine désapprobatrice. De quoi il se mêle celui-là ?
-Monsieur, je ne te permets pas d’intervenir dans mon affaire, laisse mon bras
-Madame dit-il, je te laisse. Mais ce n’est pas une bonne manière de traiter son enfant, vous le frappez trop, il va finir par être traumatisé ou complètement perdu dans sa tête. Il faut savoir manier le bâton et la carotte. A force de trop cogner sur ce petit, ça va mal finir pour vous un jour
-Pardon vieux père, je n’ai pas besoin de tes conseils. On a tous vu le comportement de tes enfants dans la cour ici. Laisse-moi gérer le mien comme je l’entends
Les voisines commençaient à se regrouper autour de nous. Je renchéris :
-Cela vaut aussi pour chacune de vous. Si vous n’avez rien à faire de votre journée, occupez là à autre chose que de vous mêler de ce qui ne vous regarde pas
-Hey mais à qui tu t’adresse, toi ? C’est Abla, la kongossa numéro qui s’avance vers moi en disant cela. Si elle veut la bagarre, elle l’aura à coup sûr, je suis d’humeur pour! Tout le monde commence à s’animer autour de nous, j’arrange correctement mon pagne et lui lance un regard méchant, que la fête commence.

*Adam DJESSOU
Dès que maman me laisse pour se disputer avec les voisins, je cours retrouver Lucie. Les grands sont tous devant chez elle alors on se met à l’écart. Ils crient beaucoup, je crois qu’ils vont se bagarrer. Nous étions là quand la maman de Julie arrive et nous courons vers elle.
-Oh, Dieu soit loué vous allez bien. J’ai eu peur. Mais qu’est-ce qui se passe ici? Pourquoi tout le monde est devant chez moi?
-C’est maman… Elle se bagarre avec les voisins
Elle lève les yeux au ciel puis s’adresse à nous:
-Bon, restez là, je vais régler ça.
Je la regarde s’avancer vers les grands et me tourne vers Lucie
-C’est très gentil, ce que tu as fait pour moi
-Ta maman voulait te taper, elle est trop méchante
Soudain, j’ai une idée :
-Dis, tu veux bien être ma meilleure amie? Comme ça on sera toujours ensemble
-Oh oui! Mais il ne faut pas le dire à ta maman, sinon elle va se fâcher contre nous.
-Promis!

*****Dix ans plus tard*****
*Lucie KISSO
Aujourd’hui, on donne les résultats du Baccalauréat. Je ne tiens plus en place, tellement je suis surexcitée. On croirait que c’est moi qui ai passé l’examen et pourtant c’est plutôt Adam qui doit rentrer m’annoncer ses résultats. Le voici justement qui arrive, un large sourire plaqué son visage. Sans attendre qu’il n’arrive jusque devant chez nous, je cours et me retrouve dans ses bras en une fraction de seconde
-Tu l’as eu, je suis trop contente !
-Doucement Lucie, doucement… Attends au moins que je confirme, non ?
On riait de bonheur tous les deux à gorge déployée. Et puis c’est arrivé. Comme dans un rêve, j’ai relevé la tête et il a posé ses lèvres sur les miennes. Comme si c’était la chose la plus naturelle au monde, comme si toute notre existence ne nous avait menés qu’à cet instant. A suivre…
Par Plume Dona, tous droits réservés.

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