Chapitre 20: Papas héros

*Léon DJESSOU*
En roulant vers la maison de Django, mille et une questions se bousculaient dans ma tête. Est-ce que nous avons pris la bonne décision ? Est-ce qu’il n’aurait pas fallu contacter la police malgré tout ? Mais surtout, comment tout ceci va finir pour chacun de nous ? De toute façon, les dés sont déjà lancés, tout ce que je ferai sera de protéger mon fils. J’arrive et je me gare fébrilement. Puis j’allume le dictaphone de mon téléphone avant de le verrouiller et le glisser dans ma poche. Si je ressors de là vivant, ça pourra toujours servir à la police. Je n’ai même pas eu besoin de cogner au portail, un gars était déjà là qui m’observais l’œil mauvais.
-Je suis Léon DJESSOU, ton patron m’attend
-Oui, viens par ici pour la fouille
Il m’amène dans un coin discret de la terrasse où étaient deux autres gars. Sans les voir, je pouvais deviner les armes sous leurs vêtements, j’en ai eu froid dans le dos. Qu’est-ce qui m’a pris de venir ici comme ça ? C’est sûr que je ne vais pas en ressortir vivant ! Je fais une courte prière au moment où enfin il finit la fouille et me demande le suivre. Il me fait entrer dans un bureau très luxueux et très éclairé que je devine être celui de Django
-Le boss arrive, mets toi à l’aise
Comme si c’était possible ! Il ressort en gloussant et me laisse en proie à une agitation montante. Juste après lui, la porte s’ouvre à nouveau et je me retourne précipitamment pour tomber sur le visage fermé de Django
-Papa est un héros, hein ?
-Il est où ?
Là-dessus, il rit comme si je lui faisais une blague
-Je ne comprends pas bien DJESSOU. Il y a longtemps, tu n’as pas hésité à abandonner une femme enceinte au fond d’un village perdu, et maintenant tu accours pour un fils qui n’est même pas le tien ?
-Ecoute, je ne savais pas que ta mère était enceinte. Jamais je n’ai fui mes responsabilités. Et encore aujourd’hui, alors que tu menaces nos vies, je suis là ! Alors je t’en prie, je t’en supplie Django, rends moi Adam. Il n’a rien à voir entre nous deux
-Il s’agit bien de responsabilité DJESSOU ! Le décès de ma mère, c’est ta faute. Résultat, je vais me venger sur ton fils. Parce que ce serait trop bête de te tuer et vivre seul avec mon deuil n’est-ce pas ?
-S’il te plait, ne fais pas ça ! Je ferai tout ce que tu voudras, je te donnerai tout mon argent s’il le faut. Mais par pitié, relâche-le
-Il faut que quelqu’un paye !
-Pas lui ! Je suis désolé pour ta mère, je le suis sincèrement. Si tu veux bien croire en ma douleur, on serait deux à porter son deuil. Mais relâche mon fils s’il te plait
Mes larmes commençaient déjà à couler abondamment, malgré tous mes efforts pour ne pas pleurer. Il y a de ces situations où la force ne sert plus à rien. Django me regarde une minute en silence, puis il soupire
-Assez papoter DJESSOU, viens dire adieu à ton fils
Comment peut-on avoir le cœur aussi dur ? Je le suis en essayant encore de négocier, de le dissuader, mais il ne m’écoute même pas. Je commence à croire que seul Dieu va pouvoir nous sauver aujourd’hui. Il m’a conduit à une pièce derrière la maison où régnait le silence absolu. Au moment d’entrer, nous entendons un brouhaha confus provenant de l’avant de la maison. Il me jette alors un regard sombre et me confie à celui qui gardait la chambre.
-Je t’avais prévenu de ne rien faire de stupide, DJESSOU ! Attache-le aussi, ajouta-t-il à l’endroit du garde
Puis il repart en sortant le pistolet qu’il cachait dans son dos. Mon Dieu, mais tout le monde est armé dans cette maison ! Je suis sûr que l’agitation a été provoquée par l’arrivée de Jules, pourvu qu’on ne lui tire pas dessus ! Il est notre dernière chance. Le garde me pousse à l’intérieur et malgré la pénombre, je peux distinguer Adam ligoté sur une chaise et bâillonné. Mon cœur de père se serre à cette image et je cours vers lui pour essayer de le réconforter. Un violent coup dans les côtes m’en dissuade, je tombe au sol en criant de douleur. Malgré son bâillon, Adam pousse des cris de révolte
-Tu t’es cru au cinéma ici ? dem ande le garde. Debout et va t’assoir sur l’autre chaise
J’obéis en continuant de fixer mon fils pour tenter de lui communiquer une assurance que je n’ai pas moi-même. Il m’attache solidement sur la chaise et me ferme la bouche avec du scotch. Tous deux ligotés faces à la porte et au garde, notre destin ne dépendait plus de nous
*Jules KISSO*
Je n’ai pas suivi le plan convenu avec Léon, c’était trop dangereux. J’ai appris à tirer quand je briguais un poste de gardien à Tsévié. Je sais plus ou moins me servir d’une arme mais je n’ai jamais eu à le faire. Donc je ne suis pas sûr d’y arriver le moment venu. Mais ce dont je suis sûr, c’est que des civils contre une bande de criminels armés, ça finit dans un bain de sang. Je sais que si la police ne s’en mêle pas, nous serons tous morts avant demain. C’est pourquoi je suis passé au poste de police avant d’arriver au lieu indiqué. Le commissaire est un vieil ami, il n’a pas hésité à déployer une équipe avec ses 4 meilleurs hommes tactiques.
-Ils vont traiter tout ça proprement, m’assure-t-il !
Pourvu que cette histoire finisse bien !
Nous arrivons au domicile indiqué et je remarque la voiture de Léon garée devant. Il n’y avait personne au portail, tout paraissait normal, vu de l’extérieur. Le plan était simple, je fais diversion et pendant que les hommes de Django se demandent que faire de moi, les policiers devraient les prendre par surprise. J’ai dû renoncer à porter un gilet pare-balles car ç a se voyait trop sous ma chemise. Je descends donc de voiture et me dirige vers le portail pendant que l’équipe va se garer un peu devant pour ne pas attirer les soupçons. Quand ils sont prêts, je rassemble mon courage et sonne en prenant l’air le plus grave possible. Une minute plus tard, un type à l’aspect louche me regarde avec méfiance.
-Il y a quoi ?
-Votre patron a enlevé un jeune homme ce matin, je suis son père.
Il semble surpris, mais hésite à me faire entrer
-Attends ici, j’arrive
Trois minutes plus tard, il n’était toujours pas arrivé et moi je commençais sérieusement à suer à grosses gouttes. J’entendis un bruit de l’autre côté, puis la porte s’ouvrit grandement et il me fit signe d’entrer. Dans la cour, il y avait au moins 7 voyous qui me dévisageaient et j’en reconnus un. Celui là, je suis sûr de l’avoir vu au restaurant ce matin. Sans rien dire, deux d’entre eux se mirent à me palper mais je réussis à appuyer sur l’appareil que la police m’a confié. C’était le signal pour qu’ils fassent leur entrée. Les ravisseurs ne m’ont pas vu faire, heureusement. Ils cherchent juste des armes apparemment. Comme il y en avait pas sur moi, celui que j’ai reconnu s’est levé :
-Je vais prévenir le boss
C’est à ce moment que ça s’est passé. On a entendu un violent bruit provenant du portail et avant même que quelqu’un ait pu réagir, les 4 policiers pénétraient dans la cour armés jusqu’aux dents
A suivre…
Par Plume Dona, tous droits réservés

 

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