Chapitre 25: Feu!

*Lucie KISSO*
Je suis presque à terme et la date du bac aussi se rapproche dangereusement. Après tous ces efforts, j’ai peur de ne pas pouvoir faire les deux en même temps et ça me stresse énormément. En parlant de stress, Adam aussi attend impatiemment les résultats d’une bourse. Elle est octroyée par une ONG humanitaire et lui permettrait de continuer ses études en Belgique. En attendant, comme il a fini tous ses cours et obtenu le permis, il m’emmène faire des courses pour le bébé. Des fois aussi, c’est Roy qui m’emmène. Tous les deux sont aux petits soins d’un bébé qui n’est même pas encore arrivé lol. Moi j’ai juste envie qu’il sorte enfin ! Je suis devenue une vraie baleine à force de manger pour deux.
(…)
Il était environs 21h, j’étais en train de réviser quand j’ai ressenti de vives douleurs au bas ventre. En même temps, j’ai senti un liquide chaud couler le long de mon ventre. Seigneur, le bébé arrive !
-Adam ! Papa, c’est pour maintenant !
J’étais dans la chambre voisine à mon frère, il a été le premier à débarquer dans ma chambre. Totalement paniqué, il ne savait plus quoi faire. Malgré ma douleur, je ne puis m’empêcher de sourire.
-Pardon prends le sac que j’ai préparé là. Tes yeux vont tomber !
Au même moment, papa entre dans la chambre
-Le bébé arrive ?
Je fis oui de la tête, incapable de répondre.
– Ok Adam, aide-la à descendre, je vais sortir la voiture
Aussitôt dit, aussitôt fait. Deux minutes plus tard nous étions installés dans la voiture. Moi derrière en train de retenir mes cris et les deux hommes devant, apparemment plus paniqués que moi.
Le travail a duré des heures ! Des heures pendant lesquels j’ai dû arpenter les couloirs de l’hôpital pour faire dilater le col de l’utérus. Adam a souffert le martyr aussi ! C’est lui qui me soutenait et devais supporter mes cris. J’avais tellement mal, c’est pendant ces heures que j’ai le plus regretté mon écart avec Django. Finalement, le médecin a dû se résoudre à me faire une césarienne car mon bassin n’était pas assez large.
*Léon DJESSOU*
Quand je vois Lucie souffrir de la sorte, ça me rappelle la naissance d’Adam. La seule différence est que Carla elle ne s’était pas retenue de m’abreuver d’injures sous prétexte qu’elle souffrait trop. Les sages femmes ont emmené Lucie il y a une heure et ils ne reviennent toujours pas, ce qui commence à m’inquiéter. J’essaye tant bien que mal de rassurer Adam mais plus ça dure et plus je panique aussi. Au bout de deux longues heures, le médecin est venu vers nous avec un large sourire plaqué sur le visage.
-Nous avons eu de légères complications mais tout va bien. La mère et l’enfant sont saufs
-Docteur, c’est une fille ou un garçon ?
-C’est un garçon
A cet instant, mon cœur a débordé de joie. Je ne pensais qu’à une chose, aller serrer Lucie dans mes bras
-Mais docteur, elle passe un examen dans deux semaines. Pensez vous qu’elle sera rétablie d’ici là ?
Il parut réfléchir avant de me répondre
-Je ne peux pas vous donner une réponse précise. Ça dépendra de son métabolisme. Maintenant excusez moi, je dois y aller. Une infirmière viendra vous accompagner voir la patiente et le bébé
-Merci docteur
Adam était ému jusqu’aux larmes. Je le pris dans mes bras pour célébrer. Quelques temps après, une infirmière vient nous emmener voir Lucie et le bébé. A la voir si fragile dans ce grand lit, j’ai été touché. Elle voulait appeler son fils comme son père, brave petite !
*Adam DJESSOU*
Lucie a composé au bac. Elle n’était pas complètement guérie, mais elle n’aurait raté cet examen pour rien au monde. Quant à moi, j’ai décroché ma bourse et j’en suis très fier. Enfin la vie semble nous sourire un peu. Aujourd’hui c’est la proclamation des résultats. Comme Lucie tenait absolument à aller au centre, je l’ai emmené en voiture. On savait tous qu’elle devait réussir, nous tous sauf elle-même apparemment ! Quand elle a entendu son nom, elle a tellement chanté de bonheur que le petit Jules qui dormait dans mes bras s’est réveillé. Si ce n’est pas la folie ça ! Plusieurs de ses camarades avaient échoué, ces mêmes là qui se moquaient d’elle à cause de sa grossesse. J’ai eu envie d’aller leur rire au nez mais je me suis abstenu. A quoi bon ?
A la maison, une surprise attendait l’heureuse du jour, une petite fête avec Roy et le capitaine Kodjo, ma tante et sa fille adoptive. Ce fut une soirée émouvante, pleine de promesses. Je me suis aussi souvenu que toute cette histoire a commencé il y a un an, quand j’étais venu annoncer ma réussite à Lucie.
Le procès de Django a eu lieu quelques jours avant mon départ. Il a été reconnu coupable d’une dizaine de charges liées à l’enlèvement et à son trafic de drogues. Le juge l’a condamné à 87 ans de prison, autant dire qu’il va y finir sa vie
*Inès DJESSOU*
(4 ans plus tard)
Je n’ai pas remis pied dans une école depuis plus de 3 ans. J’ai essayé de faire comme si tout allait bien, mais j’ai fini par craquer. Quand maman m’avait emmené faire le curetage il y a 4 ans, je pensais que c’était la chose à faire, j’ai suivi bêtement et maintenant je regrette amèrement. Le docteur a dit qu’il y avait eu des « complications » et qu’ils ont dû m’enlever l’utérus, et que je n’aurais plus jamais d’enfant. J’en veux tellement à maman ! Mais elle s’en fout, tout ce qui l‘intéresse c’est de paraître partout comme une femme respectable. Alors j’ai noyé mon chagrin dans l’alcool, puis dans les cigarettes. Un jour on m’a proposé de la drogue et depuis je suis devenue accro. Il ne se passe plus une journée sans que je fume, ça m’aide à oublier ma souffrance. C’est à peine si maman et moi on se parle dans la maison, et c’est tant mieux. J’ai arrêté les cours en ligne, ça me saoule. De toute façon nous sommes riches, je n’aurai pas besoin de travailler pour gagner ma vie. En rentrant tout à l’heure, j’ai entendu maman qui riait dans sa chambre, ce qui est assez inhabituel. Alors je vais jeter un coup d’œil et tombe sur le choc de toute ma vie !
Je suis arrivée à pas de loup, pour voir sans être vue. Elle n’était pas seule, il y avait un homme avec elle et sa voix m’a semblé familière. Mais j’étais loin de me douter de qui c’était ! Puis je les ai vus par l’entrebâillement de la porte. Ma mère et mon petit ami, nus dans un lit ! Je n’en revenais pas. Comment a-t-il pu me faire ça à moi ? Je lui donne de l’argent tout le temps ! Et il vient coucher avec ma mère ! Oh, il va payer, et elle aussi ! Sous le coup de la colère, je descends à la cuisine et ouvre le gaz au maximum. Ils vont voir aujourd’hui, j’en ai assez que tout le monde se moque de moi. Je suis tranquillement ressortie de la maison sans que personne ne me remarque et j’ai attendu. Chaque 5 minutes, j’allumais une bûchette d’allumette pour voir si le gaz s’était répandu jusqu’au portail. Au bout de vingt minutes, l’allumette s’enflamma et le feu parti d’un coup pour envelopper toute la maison. Fascinée par le spectacle, je suis restée là sans bouger pendant que la maison brûlait. Je les ai entendus crier de terreur puis de douleur. Mais ils étaient piégés par les flammes. Qu’ils aillent pourrir en enfer ! Pourquoi se sont-ils moqués de moi de cette façon ? Subitement je fondis en larmes et m’écroulai au sol. Je ne sais pas combien de temps je suis restée dans cette position mais ce sont les sirènes des pompiers qui m’ont fait me relever. Les flammes et la fumée étaient immenses mais les amoureux étaient déjà morts à l’intérieur. Je fus prise d’un rire hystérique devant leur efforts pour éteindre l’incendie
– ça ne sert à rien ! Ne vous fatiguez pas, ils sont déjà morts
Tout le monde m’a regardé bizarrement, comme si je venais d’ailleurs. Mais je m’en fous, dans ma tête, je ne suis même plus de ce monde.
FIN
Par Plume Dona, tous droits réservés.

 

Chapitre précédent—————–Epilogue