Pour Changer, Chap 3: Un point critique

*Adam DJESSOU
Lucie se détourne pudiquement de moi et je me mets à sourire. Ce doit être son premier baiser, ce n’est pas ma situation en tout cas. Je dois avouer que j’étais déjà sorti avec 2 filles avant mais Lucie elle est spéciale pour moi. Nous avons grandi ensemble et au fil du temps qui passait, j’ai vu mon amitié pour elle se transformer en amour tout simplement. Oui j’aime cette fille de tout mon cœur et je suis sûre de ne pas lui être indifférent non plus. On s’est toujours bien entendu malgré le fait que ma mère ait œuvré de manière à nous séparer pendant toutes ces années. Il faudra que je demande conseil à papa ce soir, lui saura comment je dois procéder. Je m’adresse à celle que je considère déjà comme ma bien-aimée :
-Un problème Lucie ?
-Je… Oui, enfin non. C’est juste bizarre, répond elle
-C’est ma faute, je suis tellement content que je fais n’importe quoi
-Ah ! fit-elle, vexée
-Attends, ce n’est pas ce que je voulais dire. Je suis tellement heureux que je ne me contrôle plus. Voilà ce que je voulais exprimer
Elle continue de fixer le sol, alors je relève doucement sa tête pour voir son regard troublé
-Je propose qu’on en discute demain. Tu es d’accord ? Je dois aller annoncer la bonne nouvelle à mes parents
-La bonne nouvelle ? Quelle nouvelle ? demande-t-elle ?
Je la fixe puis me mets à rire et elle fait de même, s’étant souvenue de l’objet de ma visite. Je l’aime bien, ce sourire sur son visage
-C’est vrai dit-elle alors, le Bac !
-Eh oui. Bon j’y vais, a demain
-A demain, et encore toutes mes félicitations
Je m’éloignais déjà quand elle a sorti cette dernière phrase. J’y réponds automatiquement : merci chérie ! Pas besoin de me retourner pour savoir qu’elle a dû baisser la tête, gênée. Trop géniale cette fille!
Nous avons déménagé depuis deux ans maintenant. Mon grand frère qui vit en France a fait construire une maison ici pour les parents. Je lui en suis très reconnaissant, cependant je désapprouve le choix qu’il a fait de rester vivre là-bas. Etant un garçon très intelligent, il a obtenu une bourse pour aller étudier là bas et n’en est plus revenu. C’est cette fuite de cerveaux que je déplore le plus en Afrique. Cependant je veux bien admettre que j’étais impatient que cette maison soit finalement construite. Dans la cour commune où nous étions avant, ma mère s’était systématiquement querellée avec tous les voisins, ce qui mettait une mauvaise ambiance dans la maison. Mon père avait eu beau lui en parler tout le temps, elle ne l’écoutait pas, n’en faisait qu’à sa tête. Tout ça avait installé une ambiance malsaine dans la maison surtout avec les KISSO envers qui maman semble avoir une animosité particulière. Je me rappelle que ça risque de poser un problème pour ma relation avec Lucie, mais avec l’aide de papa j’espère bien la convaincre de nous laisser nous aimer en paix. Heureusement, nous avons changé de maison mais pas de quartier. Je me mets à courir, impatient d’annoncer la bonne nouvelle à mes parents.

*Rose KISSO
Allongée dans mon lit, je peux percevoir tous les bruits venant de la cour étrangement bruyante à cette heure. Je viens de me réveiller et mes yeux mettent du temps à s’accoutumer à la pénombre dans laquelle je suis plongée. Un coup d’œil à la fenêtre me rassure, il ne fait pas encore nuit, l’obscurité apparente est due aux rideaux. Je me lève péniblement et me dirige vers les toilettes, m’agrippant à tous les meubles au passage. Tous ces médicaments me plongent dans un état léthargique la quasi-totalité du temps. Tant bien que mal, je parviens à me soulager puis revient m’allonger avant d’appeler Lucie.
-Ma fille, prends cet argent et vas acheter du gombo. Ca fait un moment qu’on n’a plus mangé cette sauce
-Eh maman ! Tu sais pourtant que tu n’es pas censée en manger
J’esquisse un faible sourire et la renvoie à ses tâches. Je ne suis effectivement pas autorisée à manger de cette sauce qui pourtant est ma préférée. Ce n’est pas grave, ça ne fera qu’une entorse de plus au règlement. Cela fait quelques mois maintenant que les médecins m’ont diagnostiqué un cancer des ovaires. Malheureusement, il était déjà en phase terminale et une opération eut été inutile à ce stade. Depuis lors, je survis en remerciant Dieu pour chaque jour où je me réveille. Afin de prolonger le peu de vie qu’il me reste, les médecins m’ont prescrit toute une foule de médicaments ainsi qu’une liste d’aliments à éviter. J’avoue n’avoir aucun respect pour cette liste car si on ne peut plus manger en paix, ce n’est pas la peine de vivre.
Quant à mon mari, cela fait maintenant 3 ans qu’il nous a laissé tomber pour aller fonder une autre famille. Je ne m’en plains pas d’ailleurs, il nous envoie chaque mois de l’argent et nous sommes enfin délivrés de son instabilité. Il ne vient jamais nous voir, mais de temps en temps j’envoie Lucie lui porter quelques fruits.
Après le repas, Lucie s’approche de moi et me raconte son après-midi, la réussite d’Adam que je considère un peu comme mon fils et leur baiser échangé. Je savais bien que ça finirait par arriver, et n’en suis qu’heureuse pour mes petits. A ce moment intime et solennel, je suis plus que ravie de pouvoir prodiguer des conseils à ma fille qui du reste m’écoute très pieusement.

*Léon DJESSOU
Je suis très fier d’Adam. Il vient de décrocher son bac avec mention et en plus m’a demandé des conseils par rapport à Lucie. Pour ma part, je pensais qu’ils étaient déjà ensemble et était déçu qu’il ne nous en ait pas encore parlé, à sa mère et moi. Là je me rends compte de m’être trompé sur ce point et ça me fait plaisir. C’est un bon petit que nous avons élevé et ce malgré les innombrables frasques de sa mère. Elle pense que je l’ignore mais je sais bien qu’Adam n’est pas de moi. SI je garde le silence à ce propos, c’est parce que j’ai moi-même piégé Carla dans ce mariage. On m’a annoncé ma stérilité alors que j’étais encore un jeune homme très convoité et depuis, je garde cette information pour moi. Mes parents n’ont jamais compris que je choisisse au dépourvu de toutes les femmes bien que je pouvais avoir, Carla dont la sulfureuse réputation avait fait le tour de la ville. Mais moi-seul sait que le choix était stratégique, elle me ferait des enfants illégitimes et mon honneur serait préservé. Cela n’a d’ailleurs pas tardé et Adam est arrivé comme un souffle d’air frais dans ma vie. J’ignore qui est son père et c’est tant mieux ainsi. J’aurais voulu avoir un deuxième enfant, l’impolitesse caractérisée de celle qui me sert d’épouse m’en a cependant dissuadé. Nous faisons chambre à part depuis des années, elle ne peut donc plus m’amener d’enfant. En tant que parents, il est de notre devoir de guider Adam dans sa première histoire d’amour sérieuse. Alors ce soir, je vais retrouver Carla dans sa chambre et lui annonce la bonne nouvelle. D’abord interloquée, elle semble ensuite effrayée puis rapidement, c’est de la colère que je vois se dessiner sur son visage. Cependant, c’est d’une voix étrangement calme qu’elle m’annonce :
-Je t’ai entendu Léon. Tu sais bien que je ferai tout pour le bonheur de mon fils
-Notre fils Carla! Ce n’est pas un œuf que tu as pondu toute seule.
J’aimais bien la taquiner sur ce point, si seulement elle savait que je sais…
-Oui, reprend elle posément. Notre fils. Je vais parler à Rose demain
-Bien. Essaye de régler vos différends, pour le bien des jeunes. Bonne nuit Carla

*Carla DJESSOU
Quoi ? Tout ce que je cherchais à éviter ! Léon ne peut pas imaginer dans quel état cette nouvelle me met, quel idiot. Il pense que je vais me réconcilier avec cette Rose, alors là il s’est foutu le doigt dans l’œil jusqu’au coude ! Je vais lui montrer moi, comment on règle un problème. Elle a intérêt à éloigner sa fille de mon fils, pour sa propre sécurité. Je me dirige vers mon tiroir et en sort un sachet de poudre, de la mort-aux-rats que je caresse en souriant. Il est hors de question que mon fils commette l’inceste, j’en connais qui vont y goûter si je n’obtiens pas ce que je veux…
Le lendemain matin, je verse de l’eau dans un bidon et prends la route de cette satanée maison ou j’espérais ne plus jamais mettre les pieds. C’est une Lucie très surprise et néanmoins ravie que je retrouve sur le pas de la porte, en train de faire la vaisselle.
-Bonjour ma fille! Comment tu vas ?
J’avais décidé de jouer les gentilles pour ne pas m’attirer des ennuis si ça tourne mal
-Je vais bien maman. Bonne arrivée, venez vous assoir
Elle amène rapidement une chaise et la nettoie, sans s’arrêter de parler.
– Ca fait longtemps. Et papa Léon ?
Son babillage commence à m’énerver sérieusement, je ne suis pas venue perdre du temps ici
-Il va très bien Dieu merci. Mais j’ai appris que ta mère avait quelques soucis de santé. Je lui ai apporté de l’eau bénite, c’est possible de lui parler un peu ?
-Bien sûr, me répond-elle instantanément. Mais elle ne peut pas quitter la chambre, je vais la prévenir puis vous faire entrer

*Rose KISSO
Carla qui veut me voir ? Je suis bien intriguée, cette femme nous a toujours détesté. Je me dis que ça doit être en rapport avec la relation naissante de nos enfants. Cette femme acariâtre aurait-elle décidé de faire les choses bien pour une fois ? Je suis assez curieuse de le découvrir. Je la fais venir, mais ce qu’elle m’apprend me plonge dans un cauchemar indescriptible. Comment cela a-t-il pu arriver ?
-Tu vois, dans cette vie, nos actes nous rattrapent toujours! Tu aurais dû dire la vérité depuis longtemps Carla. Comment on va faire pour leur annoncer maintenant ?
-Mais rétorque-t-elle, on ne leur dit rien du tout. On doit juste s’arranger pour qu’ils se séparent avant de commettre l’irréparable. Il est hors de question qu’ils sachent la vérité. Tu pense un peu aux conséquences que ça aura pour moi?
-Il ne s’agit pas de toi ici Carla. Tout le monde paye tôt ou tard pour ses péchés. Je comprends que tu es à la base de la destruction de mon foyer. Je ne t’en veux pas mais pour ce qui est de mon enfant, elle est la seule chose qu’il me reste au monde et il est hors de question que je te suive dans tes plans bizarres
-Mais attends un peu! Pense justement aux enfants, tu vas leur briser le cœur !
-J’ai dit non, la vérité doit se savoir. Il ne faut pas que… Je suis interrompue par une violente quinte de toux.
-De l’eau… Je tends la main pour saisir le gobelet posé à mon chevet mais il est vide. Je lance un regard suppliant à Carla
-J’arrive
Elle sort et je l’entends demander un peu d’eau à Lucie. Elle revient quelques instants plus tard et me tend le gobelet avec une lueur bizarre dans les yeux.
-Merci, dis-je quand la toux se fut calmée
-C’est normal, dit elle. Je voudrais juste te demander une chose. Ne dis rien de tout ceci avant demain
-Pourquoi ? Demandai-je, son brusque changement me déroutait
-Je voudrais juste régler certaines choses chez moi avant que ça se sache. Fais ça pour moi, s’il te plait
Je réfléchis un peu puis répond
-D’accord mais fais vite, il ne faudrait pas que ces enfants aillent trop loin
-Bien. Je vais partir maintenant. Au revoir Rose et merci pour la compréhension

*Carla DJESSOU
J’ai toujours pensé que cette Rose était stupide! Je lui avoue ce que j’ai fait et elle veut tout révéler à nos maris et enfants pour me faire du tort! Tant pis pour elle, je suis passée au plan B. L’eau que je lui ai donnée à boire contenait de la mort-aux-rats, elle sera morte d’ici une heure. A présent, il faut que je peaufine la suite de mon plan…
A suivre !
Par Plume Dona, Tous droits réservés.

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